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Souvenirs : Cap au Nordkapp … ou 4000km à bicyclette

 » L’intempérie est le lot du cycliste, comme du marin, comme de l’alpiniste. Vous qui plaignez le cycliste qui passe sous la pluie, dans le vent ou la canicule, gardez votre pitié pour de meilleures causes car il a choisi son sport et en tire des plaisirs inimaginables qu’il ne vous demande même pas d’imaginer. « 


Jacques Faizant

Dédié à ceux que le doute a parfois visité…

Préambule

Cette aventure a commencé par un banal anniversaire, entre famille et amis. La conversation roulait gentiment entre le Paris/Dakar mécanique et le Paris/Dakar pédestre, chacun appréciant l’exploit sportif et le foie gras … ! Cependant, partagé entre la cuisine et mes invités, j’aurai dû être plus attentif à ce qui se disait autour de la table. A la fin du repas, je me trouvais engagé à effectuer le raid Paris / Cap Nord à bicyclette par équipe de deux relayeurs. Il s’agissait tout simplement de réaliser 360 km / 24 heures, sur une distance de 4000 km.

Je dois toutefois avouer que je fêtais ce jour là mes 45 ans et que j’avais autant de sympathie pour une bicyclette que vis-à-vis d’un serpent à sonnette !

Pierre, à l’origine de ce challenge, cyclotouriste convaincu, a fait débuter mon apprentissage un mois après car il nous restait un peu plus d’un an pour réaliser ce défi.

La préparation peut se résumer en trois volets :

  • préparation psychologique, tout d’abord  : se persuader qu’à 45 ans (bien que sportif) les obstacles peuvent être balayés, à commencer par le scepticisme de mon entourage qui vous considère pour le moins comme un original, sinon plus
  • préparation physique ensuite, là également les années comptent. Il a été nécessaire de s’astreindre à un entraînement progressif, un suivi médical, à abandonner les repas arrosés et perdre quelques kilos
  • enfin, une préparation technique fort simple. Je me dotais d’un vélo sur mesures et j’étais attentif aux conseils. Mes premiers tours de roues furent très douloureux, toujours en queue de peloton, même ces dames me montraient leur roue arrière. La moindre bosse m’incendiait les poumons, m’éclatait les cuisses et me faisait monter des larmes de rage.

Cependant, les kilomètres s’accumulaient, 40, 80. Paris – Les Andélys et la première chute, le col d’Aspin, le col du Peyresourde, Paris-Honfleur, ma première médaille. Ma première joie. Puis vint l’hiver, la pluie, le froid, la neige et 340 km par week-end et souvent en semaine.

Nous roulions inlassablement, seul ou à deux, entre 6 et 7 heures par jour. La vallée de la Chevreuse n’a plus de secret pour nous. Mes progrès étaient certains mais le moindre « raidart » me faisait toujours aussi peur. Pourtant, lors d’une sortie, je décidais de monter toutes les côtes à la fauteur de Pierre, quitte à finir à pied ! Il était temps, car nous étions à quelques semaines du départ . C’est alors que nous apprenons que le raid n’aurait pas lieu faute de concurrents ! Cependant, par respect pour nos sponsors (ASAF, Look, Nergy/Sport et UPSA), Pierre et moi, une autre équipe de cyclistes et deux coureurs à pied, décidons de prendre le départ comme prévu.

En voici le carnet de route et mes impressions guidées par une sensibilité toute personnelle.

Samedi 18 Juillet 1987 – 13h00

Paris > Rethel

Le 18 juillet, à 13h00, nous quittons la Tour Eiffel en direction de Reims, non sans nous égarer dans Paris : j’y suis pour quelque chose ! Pierre menace de rentrer à la maison mais prend le premier relais.

Louis le fils de Pierre et Marillac sa compagne, sont chargés de notre assistance. L’allure est vive car le relayeur de l’autre équipe c’est du sérieux ! a déjà participé au Paris/Dakar en VTT*. Il pleut, je suis confortablement installé dans la voiture, Pierre ne cède pas un pouce de terrain, je gamberge.
Vais-je être à la hauteur ? Et Louis qui ne cesse de me répéter que je ne vais pas dépasser la Belgique ! D’ailleurs, je ne vais pas tarder à le savoir, Pierre vient de casser sa selle.

Je prends le relais sans enthousiasme. L’autre relayeur change également. Je ne suis plus dans l’allure, rouler derrière un véhicule ne me convient pas ( c’était l’idée de l’autre équipe : se faire aspirer pour aller plus vite ). Je n’ai pas les bons rapports pour tenir à cette allure et surtout, je n’étais pas préparé à rouler ce jour !

Après 70 km, Pierre prend à nouveau le relais, et nous faisons étape à Rethel à 21h30, soit 206 km dans la journée.

Le soir, nous prenons deux décisions importantes :

  • nous nous séparons d’avec l’autre équipe pour nous retrouver le soir à l’étape : en effet , nos objectifs divergent
  • au lieu de prendre les relais séparément avec Pierre, nous roulerons ensemble le matin.

Ainsi, nous respecterons le contrat et l’après-midi sera consacrée à rejoindre l’étape et aussi au tourisme.

Dimanche 19 Juillet 1987

Rethel > Wesel

Nous quittons la Marne pour des routes plus accidentées. Nous rencontrons un relayeur de l’autre équipe, il a perdu son équipier ! Il est très inquiet, nous ne les reverrons plus.

Nous passons la frontière belge et je découvre rapidement le sens du mot «  wallonie ». En effet, les côtes sont nombreuses, les routes roulantes et agréables.
Je roule sans problème derrière Pierre qui impose un rythme soutenu. Nous ferons ainsi 175km. Le soir, nous couchons à Wesel en Allemagne.

Lundi 20 Juillet 1987

Wesel > Cuxhaven

Nous quittons l’hôtel à 8h sous la pluie pour effectuer 188 km. Au cours de cette étape, nous rencontrons les coureurs à pied : toujours pas de nouvelles des autres.

Je découvre avec horreur les pistes cyclables dans les villes qui cassent le rythme et meurtrissent l’entre-jambe. Pierre évolue avec beaucoup d’aisance et me rappelle à l’ordre lorsque j’oublie de le suivre dans son numéro de funambule.

Nous faisons étape à Cuxhaven dans une magnifique auberge.

Mardi 21 Juillet 1987

Cuxhaven > Ribe

Nous prenons un bac pour rejoindre Glückstadt, je remarque de nombreux chevaux en liberté sur les berges. Pour le première fois, je m’intéresse au paysage, je suis moins tendu.

Pourtant lors du deuxième ravitaillement, je me sens très fatigué, le jarret de porc mangé la veille sans doute ! Toute entorse au régime se paie.

Voulant remonter sur une piste cyclable, je chute lourdement. Je n’ai pas le temps de me plaindre, Pierre me montre déjà ma bicyclette abandonnée sur le bord de la route. Rude journée qui nous verra parcourir 160 km.

Je ne pourrai plus m’endormir sur le côté gauche endolori, pourtant, je n’en parlerai plus, j’oublie totalement la douleur. Celle-ci ne se fera plus ressentir que dès mon retour à Paris.

Mercredi 22 Juillet 1987

Ribe > Oslo

Nous quittons Ribe, une magnifique cité médiévale, pour des paysages typiques du Danemark: ses immensités verdoyantes sont couvertes d’éoliennes. Si le vent produit ici de l’électricité, il nous demande beaucoup d’énergie pour franchir les routes interminables, soit 170km. Nous rejoignons Frederickshaven en même temps que les coureurs à pied. Nous profitons de l’aubaine, un ferry-boat doit partir pour une heure pour Oslo. Nous n’aurions pas de couchette, aussi, nous passerons la nuit dans nos sacs de couchages allongés sur la moquette de la cafétéria! Dure et longue nuit durant laquelle nous apprendrons par des routards qu’ils ont aperçu l’autre équipe de cyclistes dans la région de Brême.

Arrivée à Oslo au petit jour, extraordinaire de couleurs.

Jeudi 23 Juillet 1987

Nous traversons Oslo, courbatus, les yeux pleins de sommeil. Après un bon café, nous reprenons nos vélos pour effectuer seulement 100 km. Nous nous accordons une demi-journée de repos pour changer un rayon sur l’engin de Pierre. La journée est très ensoleillée, les lacs sont immenses, le terrain accidenté. Les articulations sont un peu rouillés, mais avec le soleil, la vie est belle !

Nous sommes hébergés dans les huttes (hytters) en rondins, confortables, au bord d’un lac. Nous lions connaissance avec les marathoniens et les moustiques! …

Vendredi 24 Juillet 1987

Après un sommeil réparateur, nous quittons notre hutte dès l’aurore. La journée commence sous la pluie et par un col que je monte sur une jambe car le genou droit refuse tout service. Au sommet où Pierre m’attends, j’apprends que je ne souffre pas du genou mais de la tête! Il doit sûrement avoir raison car à quelques encablures de là, 2 cachets UPSA suffisent pour améliorer mon état ! Les cols succèdent aux cols, le soleil à la pluie, les forêt de résineux et les lacs aux déserts et aux neiges éternelles.

Nous sommes ravitaillés au niveau d’une station de ski désertée. Les mots échangés sont rares, le paysage lunaire où souffle un vent violent et glacial. L’escalade se transforme en galère. Nous sommes debout sur les pédales pour lutter contre le vent et la montée. Les virages se suivent sans cesse et occultent le sommet.

Mais qu’est ce que je fais là ? Je vais poser le pied à terre : pourtant, je continue et je franchis enfin le sommet avec un troupeau de chèvres pour tout spectateur. Ce n’est pas la gloire ! La descente est grandiose au milieu des lacs glaciaires et de la neige. Pierre ne m’a pas attendu : il fait si froid.

Je les retrouve dans un éden de verdure fait de lacs, de forêts et de huttes couvertes d’humus et d’herbe. Nous avons accumulé 165 km dont 100 km de côtes.

Samedi 25 Juillet 1987

Trondheim

Il pleut et il fait très froid, nous descendons pendant 100 km, transformés en glaçons et morts de peur, car on ne peut freiner,on n’en a pas la force. Nous apercevons les coureurs à pied sur la place du village, nous nous stoppons près d’eux.

Je suis pris d’un violent tremblement, hébété; on court chercher le camping-car; en attendant, on me pousse vers une cabine téléphonique pour m’abriter.

La dite cabine est ouverte aux 4 vents et ils convergent tous vers moi ! Les concurrents se placent alors autour pour m’isoler un peu. La situation devient tragi-comique, beaucoup aimeraient faire un cliché, mais personne n’ose ! Nous ne repartirons pas à bicyclette car le froid humide persiste, nous faisons halte près de Trondheim.

Dimanche 26 Juillet 1987

Toujours la pluie : le ciel a peu de chance de se dégager. Je souffre du dos, du genou : je me traîne, l’allure est faible, je suis fatigué. Alors, je pense à autre chose, aux articles que je dois écrire au retour par exemple… mais si les poètes classiques sont inspirés par la douleur, moi j’en suis toujours à la première ligne de mon article ! Je suis réveillé par la voix de Pierre qui me demande de mettre le vélo sur le toit de la voiture car je ne finirai pas l’étape dans cet état.

Je continue cependant, pour m’arrêter un peu plus loin. Tout le monde pense que le raid s’achève là pour moi. Pierre termine l’étape seul malgré un genou douloureux, 160km. Moi, je pense à mon retard en kilomètres, il faudra bien que je le comble.

Lundi 27 Juillet 1987

Traversée du cercle polaire

Nous passons la nuit dans un magnifique chalet, dans une station de ski. Il nous en coûte une petite fortune. Est-ce un besoin de confort face à la fatigue accumulée ? Il a neigé toute la nuit sur les sommets et il tombe de la neige fondue.

Étrangement, je me sens bien, nous frictionnons nos corps endoloris et nous voilà partis pour une longue descente. Je suis seul devant, c’est étrange, où est passé Pierre ?

Il arrive transi, je l’encourage, il me semble plus humain ! Je me retourne, il n’est plus là ! Alors j’abandonne mon vélo sur le bord de la route et je me mets à sauter sur place comme un cabri pour me réchauffer. Je suis imité quelques instants après par Pierre. Nous avions un abris-bus salvateur : hélas, tous les vents (polaires bien sûr) convergent vers nous. Nous improvisons alors un combat de boxe française mais nos membres restent toujours aussi froids et raides. La situation devient critique car maintenant ce sont nos cerveaux qui gèlent ! Pas d’espoir de sauvetage avant longtemps. Les coureurs à pied sont devant nous et l’assistance est prévue beaucoup plus tard. Le silence devient éloquent !

Tout à coup, arrive le camping-car des marathoniens ! Sauvés ! Ils ne s’étaient pas réveillés …

Nos vêtements humides placés sur le capot du moteur afin de les réchauffer et une tasse de café nous restituent quelques forces. Nous demeurons ainsi à l’abri jusqu’à la prochaine accalmie. Nous passons Roirana, une belle cité à 1000 km d’Oslo, paradis des pêcheurs et des macareux. Vers 11h, nous traversons le cercle polaire sous la latitude 66’ 33’. Il est repéré par un simple panneau une mappemonde et quelques tentes lapones, un café y délivre les certificats de passage ainsi que le cachet postal faisant foi.

Nous poursuivons notre route, elle est droite, facile, semble mener au bout du monde, c’est le désert, la toundra et toujours pas de troupeau de rennes en vue. Malgré le froid sec retrouvé, je suis euphorique et je termine les 170 km facilement. Le cercle polaire devait être un point important dans mon subconscient.

Pierre casse un deuxième rayon, et malgré sa roue voilée il maintient le rythme ! Marillac et Louis qui sont allés visiter le célèbre glacier Noir, arrivent avec deux heures de retard au rendez-vous. L’accueil est frais, à tous les sens du mot, tellement nous étions inquiets. Pierre menace de retourner à Paris une fois de plus !

Mardi 28 Juillet 1987

Narvic

Triste journée, comme le temps d’ailleurs, une certaine lassitude nous prend, nous roulons la tête vide en direction de Narvic port sur l’Ofotfjord, nous négocions 100 km seulement de route dont un sérieux col.

Mercredi 29 Juillet 1987

Pluie, vent glacial et neige. Quel menu ! L’intérêt s’émousse. Certainement, la fatigue accumulée. Nous arrêtons après 40 km , le moral n’y est plus.

Nous roulons en voiture vers Nordeira, en route, nous croisons une tribu lapone, soit quelques tentes recouvertes de peaux de rennes mais surtout des caravanes, des Mercedes et la télévision ! Et cela au-delà du cercle polaire ! Un silence pesant envahit la voiture, nous pensons au contrat non réalisé ce jour. Nous nous hébergeons dans des huttes humides près d’un fjord en milieu d’après-midi. Puis, nous reprenons la route pour effectuer 60 km et revenir sur nos pas avec nos montures cette fois. La route interminable longe le fjord, on a l’impression de repasser toujours au même endroit.

Puis, nous abordons la montagne par un col, dans un site sauvage, accompagnés de notre fidèle amie : la pluie. Nous effectuons une belle montée et nous y prenons du plaisir même ! J’ai enfin apprivoisé la pente, je la trouve d’un abord plus facile, elle semble m’accepter, d’ailleurs je fais un effort supplémentaire pour rejoindre Pierre très étonné de me voir là. Pendant que je veux guerroyer, il me laisse sur place ! C’est alors que je suis envahi par une violente douleur à la poitrine. Inquiet, je l’appelle mais il ne m’entend pas. Je panique, mon cœur bat la chamade, j’accélère et je hurle ! Le milieu me semble tout à coup hostile, je ne vais pas finir là tout de même ! Enfin, il s’arrête et j’expose mon cas ! En plus de l’eau qui tombe, je reçois du la tête un torrent de paroles aigres douces pour me dire que j’avais « tout faux », j’aurais dû m’arrêter bien sûr !

Je retrouve mon calme et bien à l’abri dans sa roue, nous regagnons nos huttes, mouillées et transis. Reste le plus difficile : sécher nos vêtements.

Jeudi 30 Juillet 1987

Nous retrouvons la route en direction d’Alta, la dernière ville au-delà du cercle polaire. La route monte sans cesse, nous traversons des tunnels sans fin et mal éclairés. Tels des papillons, nous roulons, poursuivis par les phares des camions. Surtout ne pas tomber ! Enfin nous apercevons des troupeaux de rennes dont un mâle blanc.

On voit bien que le paysage ici est torturé par le froid, ce ne sont qu’arbres morts et pierres schisteuses éclatées. Je pédale machinalement, tout mon corps n’est que douleur, ça monte toujours, je ne vais pas abandonner si près du but ! Je pense alors à ce prisonnier qui pour s’évader, avait acheté une ferme, dans sa tête, et qui, tous les matins, cultivait ses champs, saison après saison, année après année. Alors, je pense pour oublier, à m’en faire éclater les méninges !

Au sommet d’un col, je devine Pierre arrêté près de la voiture mais tétanisé je continue tel un automate, je n’ai pas oublié, je dois combler mon retard en kilomètres.

Je fonce rageusement, puis la voiture me rejoins et Louis me crie que c’est fini ! Je n’en crois rien, je continue, mais il insiste. Il a refait les calculs, nous avons couvert plus de 3600 km car au début du raid nous dépassions le contrat journalier : et tout cela en treize jours ! Alors je me relève.

Vendredi 31 Juillet 1987

Arrivée au cap Nord

C’est le jour de l’apothéose, la fin du rêve, l’arrivée sur les Champs Élysées en quelque sorte. Nous allons achever les 33 km qui nous séparent du cap Nord, chacun en compagnie d’un marathonien. Une promenade de santé ! Il faut un temps magnifique avec ciel bleu comme on n’en a pas vu depuis longtemps. Je me rends compte enfin que le soleil ne disparaît jamais, même la nuit ! Nous embarquons sur un ferry qui nous mène à Olderfjord.

La traversée est magnifique, les contours du fjord sont recouverts de neiges éternelles. Nous sommes sur le pont pour réchauffer nos muscles fatigués. Ce sera sûrement le meilleur moment de toute la course. Des touristes autrichiens s’approchent pour nous féliciter, admiratifs.

Jean-Claude, un des coureurs à pied, s’élance vers midi pour 33 km, je l’accompagne bien couvert car si le soleil est chaud, l’air est frais. Je profite au maximum de ce paysage du bout de l’Europe et j’apprécie l’effort de mon compagnon : 18 km à l’heure et c’est un amateur ! Mais rapidement le ciel se couvre,un vent glacial souffle en rafales et la route monte. Je suis cloué sur place, Jean-Claude passe au sommet du premier col en tête, c’est même lui qui m’encourage maintenant.

Nous sommes rejoins par Pierre et son coureur à pied (un authentique international). Nous échangeons quelques mots et nous regrettons amèrement d’avoir voulu finir ainsi. La promenade s’achève en cauchemar ! Le cap Nord si près de nous fait pas de cadeau. Seuls, les troupeaux de rennes survivent dans ce désert de pierre et de froid.

Nous atteignons enfin le cap, épuisés et glacés par une interminable côte en ligne droite. Je voudrais laisser éclater ma joie mais j’aperçois Pierre impassible. Je comprends alors que le fait d’atteindre le but tant souhaité tue cet objectif. Nous échangeons un regard et nous pensons déjà au prochain objectif !

La photo traditionnelle, une falaise impressionnante, le soleil qui tombe sur l’horizon pour rejaillir aussitôt , tout cela n’a plus beaucoup d’importance. Seule l’expérience de l’effort collectif demeure, où chacun a dû compter sur l’autre et ne pas décevoir, mais aussi, la démarche spirituelle, l’exploration de soi et la découverte de ses propres limites. Car bien entendu « Tout se passe dans la tête ».

Pour la petite histoire, nous avons effectué les 4000 km, à deux, sans aucune crevaison !

Le cap Nord est un promontoire norvégien, le point le plus septentrional de l’Europe et surplombe l’océan glacial Arctique de 307 mètres à pic au 71’ 10’ 21’ latitude nord.

Albert Ducasse, Août 1987

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